lundi 11 juin 2007

…J’ai connu à faillir en trépasser, la fièvre qui donne soif. C’est dans ces moments là surtout que l’imagination et les pensées extraordinaires prennent tous leurs sens…
C’était, je crois dans ma quatorzième année ; sur un lit d’hôpital, fin septembre au temps des brumes, quand le soleil aux aurores et aux crépuscules prend des formes et des couleurs d’agrume ; je n’avais de cesse d’observer sur les carreaux de verre dépolis, la douce évolution du limonadier des cieux. Dans ses premières lueurs où il fait naître le jour, il éclatait sur les Vitres comme le jus d’une orange fraîchement pressée. Puis il pâlissait doucement ; je savourais alors sa pulpeuse robe de citron. Quand il attaquait plus hardiment son ascension vers le grand jour, il déversait sur ma couche, ses rayons palots de pamplemousse… Je passais ainsi une nouvelle journée dans la chimérique onde sucrée, baigné dans les sueurs de mes délires et de la fièvre qui m’asséchait.
Enfin arrivait le soir. La grosse boule de feu semblait saigner le ciel. La grenadine dégoulinait sur mes fenêtres et la nuit montant de l’horizon empourprait plus encore les rideaux de son tanin cassis. Une lumière crue jaillissait alors des tubes néon m’annonçant, comme dans les salles obscures, que le spectacle venait de se terminer. On ne servait plus les rafraîchissements ! Et l’angoisse de la mort reprenait ses droits. – Serais-je là demain pour boire le coulis de la vie ?
Puis je m’enfonçais dans des rêves étranges peuplés de formes géométriques se déformant sous l’action d’une flamme géante venue du très fond de mon être. Aujourd’hui avec le recul, j’aime à penser à cette délirante vision en l’identifiant au triangle d’un poème de Jules Supervielle, Qui a l’incomparable faculté de : « Se tortiller, et de se mordre la queue »…
Extrait tiré de :
A l’imagination, et aux pensées extraordinaires que l’on a quand on est pas, ou plus vraiment soit même (j’els.N)

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