mercredi 9 mai 2007

J’ai perdu la maison de ma jeunesse


Comme le midi je fais la sieste,
Je ruine mes rêves du soir,
Et la vie qui s’enchaîne,
M’entraîne au désespoir.
Je reviens alors vers les prairies,
Où brûle l’encens du jour,
Et sur un nuage je m’enfuis ;
C’est d’un brouillard épais que je reviens.
Il s’écoule au compte-gouttes,
Derrière les réverbères ouatés.
Plus rien n’est plus humide,
J’ai le froid qui me fouette les os.
Un silence impressionnant,
Pèse l’onctueux pressentiment,
De la solitude éternelle,
S’accrochant comme des posters,
Sur les murs suintant de misère.
Je me rends compte que le souffle me manque.
Une lueur sans éclat,
Frappe les carreaux sales ;
Une image angoissante les a fêlés,
Mais de trop loin, on ne voit plus rien.
Novembre, novembre perdu dans la bourrasque,
Hurle sous les tuiles disjointes.
Les volets battent, les vitres éclatent,
Un frisson sans visage dévore leur sommeil ;
Il n’appartient à personne mais il s’enlise,
Il s’accroche au monde fourvoyé…
Je déserte soudain les sentiers,
Et me retrouve dans la cave.
L’odeur chaude et poussiéreuse du charbon,
De la crasse entassée dans un coin sombre,
Le vieil établi de sapin,
Le casier aux bouteilles vides
Se bousculent dans le désordre glacé.
J’ai soudain peur de tous les bruits.
Le grincement lointain d’un escalier de bois,
Une voix inconnue, un cri,
La galopade d’un rat sur les tuyaux,
Le claquement régulier du compteur à gaz…
D’un geste j’écarte l’obscurité,
Qui s’était emmêlée dans une toile d’araignée ;
Puis j’avance vers mon destin.
Trois gestes encore : Faire tourner la clé,
Actionner la crémone en porcelaine,
Glisser un œil furtif dans le coin de l’huisserie.
Puis j’arrache le rêve d’un coup de gonds grinçants.
Un couloir éclairé par une veilleuse
Fuit vers une autre porte, une autre sortie,
Une autre pièce en désordre.
Des meubles et des paquets prêts à partir,
Depuis si longtemps, les a-t-on oubliés ?
Où sont passé les déménageurs ?
Une automobile passe dans la rue.
Entre les lames des volets métalliques,
Suinte une lueur mêlé de pluie.
Le balayage lumineux,
Au plus profond de la pièce,
N’a pas suffit pour détourner l’angoisse,
Sculptée dans chaque pied de meuble…
Un vertige me prend, je m’écroule.
Je regarde le lent décor,
Qui s’élève devant mes yeux troubles.
Au niveau du carrelage froid,
Je découvre des dessous inexplorés,
Des champs de moutons regroupés,
Dans un angle derrière un journal,
Des plinthes vermoulues,
Des araignées agressives,
Des lames de parquet jamais lavées…
Toutes ces images de cauchemar
Bousculent ma raison et je chute plus loin.
Ma cervelle comme liquéfiée se répand sur le sol.
Une ampoule solitaire pendue au plafond,
Couverte de graisse et de poussière,
A oubliée son filament,
Dans le vide minuscule de son ventre.
La nuit se termine… Je me lève,
Je cherche une issue et par une chatière,
Je fais passer mon corps dissolu,
Comme un colis écrasé dans une boite à lettres…
Dehors, la grisaille n’a pas fini,
De s’agripper aux murs décrépis
Des petites maisons tristes.
Des grilles rouillées parfois des murets
Entourant de pauvres jardinets,
Envahis par les folles herbes…
Pas âmes qui vivent aux alentours,
Pas d’hommes, aucun animal pas de fleurs…
Que des vestiges de souvenirs,
Soufflés par la tempête du temps qui passe ;
Du temps qui a passé depuis longtemps…
… Sur mon quartier, ma maison ; la maison
De ma jeunesse…

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